« La terre
un lieu de gloire pour Dieu »

Chapitre général - Capitulo General - General Chapter

Le Chapitre général des Religieuses de l’Assomption, juillet 2006

Lectio Divina : Les premiers passeurs de la Bonne Nouvelle

Rubrique : Jour après jour, Le billet biblique — Sophie, 10:00 am

Les premiers passeurs de la Bonne Nouvelle
Texte biblique : Luc 2, 1-20

Dans l’évangile de Luc, on note la reprise de certains mots des récits de l’enfance au moment de la Résurrection (anges, gisait…). Mais les liens entre le début et la fin de l’évangile sont plus déterminants qu’une simple reprise de vocabulaire : C’est une même dynamique de transmission d’une parole qui traverse le texte, qui est le point d’insistance du récit.

  • Dès l’ouverture de l’évangile, alors même qu’il nous raconte l’événement historique de la naissance de Jésus, le récit nous tourne déjà vers des “médiations”, des messagers, et l’étonnement récurrent mentionné dans les textes au sujet de l’enfant (les parents, les foules…) nous empêche de croire à l’accessibilité directe, hors d’une foi, du Mystère qui se révèle là. Il s’agit de croire à une annonce, d’écouter un témoignage, presque comme pour nous accoutumer déjà à une absence… Et à la Résurrection : idem ! Apparitions fugitives. Les femmes ne trouvent pas le corps, les disciples d’Emmaüs trouvent la communauté. C’est une parole d’annonce qui doit circuler entre eux. Au milieu de l’évangile, c’est Jésus en personne, mais aux extrémités, ce sont d’autres qui parlent de lui. L’Evangile prépare les Actes, écrits par le même auteur, où il n’y a plus que la parole, la course de la Parole, portée par les témoins, seulement !
  • Une étrange insistance: 2 versets pour la naissance, plus de 8 versets pour les bergers !
    Pourquoi le récit nous dit-il si peu de choses sur la naissance de Jésus ? Car nous sommes sevrés de détails : “Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’ils manquaient de place dans la salle”. Et puis c’est fini. On quitte cette scène et on va ailleurs, et c’est bien là l’étrange : c’est cet ailleurs, ces champs, ces gens frustres au milieu de leurs bêtes, c’est cet ailleurs qui est le lieu d’insistance du récit (8 versets!). Le récit met ainsi en relief le trajet d’une annonce, d’une parole. Une parole qui est proclamée, entendue, crue, annoncée. Voilà donc les bergers, premiers annonceurs de la joyeuse nouvelle !
  • Les premiers annonceurs ? Non, pas tout à fait, car le premier, c’est Dieu lui-même, Dieu qui a imaginé, projeté cette extase de Lui-même, de son Verbe, dans la chair de notre humanité.
    Aussi, à peine la naissance arrivée, voici qu’Il envoie son Ange. Car notons-le : ce ne sont pas Marie ni Joseph qui annoncent la naissance, c’est l’Ange du Seigneur.
    Ici, laissons-nous surprendre encore une fois : alors que la Lumière du monde est gisante dans une crèche, ce n’est pas à cet endroit que resplendit la clarté de Dieu et de sa Gloire. C’est dans les champs, dans l’obscurité des champs. La Gloire se manifeste ailleurs : Dans la crèche, tout est caché dans l’obscurité de la chair. Dans les champs, il y a la clarté de la Gloire du Seigneur, et il y a la lumière de la parole qui dévoile aux bergers l’identité du nouveau-né : “Aujourd’hui vous est né un Sauveur (en hébreu : Yoshua, Josué, Jésus), qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David”.
  • La Parole d’annonce a commencé son trajet, Dieu a pris un risque, il a confié une parole : que va-t-elle devenir ? Que vont faire les bergers ? Se recoucher au milieu de leurs bêtes ?
    Non, ils se mettent en route : “Allons !”. Ils recueillent cette parole, ils ne la laissent pas tomber à terre : “Voyons ce que le Seigneur nous a fait connaître”. Ils viennent en hâte. Ils trouvent (à nouveau pas de détails. Il n’y a vraiment rien d’extraordinaire dans le signe) : “Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche”.
    Les bergers sont là, avec la parole dans leurs mains (les mages auront encens, myrrhe, or… mais les bergers, seulement une parole), et ils offrent cette parole, ils annoncent, transmettent, pour que la bonne nouvelle puisse continuer son trajet.
    v. 15 : voyons ce que le Seigneur nous a fait connaître
    v. 17 : ayant vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant.
    Et Luc note que “tous (y compris donc Marie et Joseph) furent étonnés de ce que disaient les bergers” : oui, le signe est tellement caché, Dieu dans la chair, qu’il faut la parole pour le révéler.
    Marie reçoit ce cadeau des bergers, cette parole de révélation. Et elle non plus, elle ne la laisse pas tomber à terre, elle la recueille précieusement, comme un trésor : “Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur”.
  • Puis les bergers repartent, louant et bénissant Dieu “pour tout ce qu’ils avaient entendu, et vu selon ce qui leur avait été annoncé”. Tout partait de Dieu, tout retourne à Dieu.
    Ainsi donc, cet épisode des bergers n’est pas un petit détail anecdotique ou bucolique du récit ; ils font plus qu’“aller voir”, ils sont porteurs d’un message sur l’identité de l’enfant. C’est fondamental. L’évangile nous redit ici la nécessité fondamentale des médiations pour que la Nouvelle passe, toujours vers d’autres, toujours plus loin (ce sera la même chose à la Résurrection).

Pourquoi Luc écrit-il comme cela ?
Parce qu’il écrit pour nous. Pour nous dire que ceux qui ont vu et entendu nous transmettent à leur tour cette parole ; à nous de la prendre en nos mains, de la garder en nos cœurs, de la laisser fructifier dans nos vies, de la transmettre à notre tour, dans d’autres mains, d’autres coeurs.

Soeur Marie-Sophie d’Oultrement

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