« La terre
un lieu de gloire pour Dieu »

Chapitre général - Capitulo General - General Chapter

Le Chapitre général des Religieuses de l’Assomption, juillet 2006

Lectio Divina : Dégagement joyeux

Rubrique : Jour après jour, Le billet biblique — Sophie, 10:00 am

Dégagement joyeux.
Texte biblique : 2 S 6, 12-23.

Tout le monde connaît l’histoire de David, de son onction secrète par le prophète Samuel, de son entrée au service de Saül et de son combat avec Goliath, de ses démêlés avec le roi régnant qui lui a pourtant donné pour femme Mikal, sa fille.

Saül sans doute voulait associer David à son règne en lui donnant sa fille. Dans le Proche-Orient ancien les mariages ont, en effet, toujours une portée politique. Mais David a eu beaucoup de succès et Saül s’est rendu compte qu’il pouvait devenir son rival. Il a cherché à le tuer, lui a retiré sa fille… A sa mort, David a été choisi comme roi d’abord par la tribu la plus importante du sud du pays, la tribu de Juda, puis par les tribus du Nord. Il a “récupéré” Mikal, ce qui a été un acte de stratégie politique et pas tant une marque d’affection !

  • Donc nous en sommes au point du récit où David veut faire monter l’arche à Jérusalem. L’arche est le symbole religieux le plus important de l’époque : Dieu y est présent d’une manière unique. Pourquoi David veut-il faire monter l’arche à Jérusalem ? La réponse est dans doute à la fois politique et religieuse. Jérusalem, la cité de David a beaucoup d’atouts. C’est un choix judicieux de capitale. Mais elle a un défaut : son passé cananéen. La présence de l’arche dans cette ville montre alors l’attachement de David à la tradition et au culte du Seigneur. En même temps, David, par cet acte, légitime son pouvoir sur toutes les tribus d’Israël, car l’arche l’associe aux valeurs les plus sacrées de la religion d’Israël.
  • Bref, voilà que l’arche monte à Jérusalem et que David, vêtu comme un prêtre, danse devant l’arche. Il danse, offre des holocaustes, bénit son peuple et sa maison. En dansant devant l’arche, en offrant des holocaustes, en bénissant, David assume un rôle sacerdotal. Danse et bénédiction sont les deux moments d’un rituel traditionnel : le culte de la fertilité. Dans la religion populaire d’Israël, il y a un lien étroit entre la bénédiction et la fertilité. La bénédiction du roi David veut assurer au peuple d’Israël une force vitale et la capacité de transmettre la vie. Et David danse pour obtenir la bénédiction pour son peuple et sa maison. Il célèbre la venue de Dieu dans sa ville. Sa danse effrénée célèbre le Dieu d’Israël, source de vie et de joie, le Dieu qui assure à son peuple la bénédiction en abondance.
  • Mais David danse pour une autre raison que nous indique le verset 21 : il danse parce que Dieu a enlevé le règne à Saül pour le donner à David. Encore une fois, les motivations religieuses et les motivations politiques sont bien mêlées chez David ! Et ce qu’il dévoile en dansant est le signe de sa propre fertilité, de sa postérité, de sa descendance. Mikal, en revanche, méprise David et refuse d’entrer dans la danse : elle se coupe de la source de fertilité. Le récit se conclut d’ailleurs en disant qu’elle n’aura pas d’enfants.

Alors pour nous ? Le récit nous ramène sans doute, à travers la figure de David, à l’humilité de reconnaître la complexité de la nature humaine et l’ambiguïté de nos motivations, de nos choix, de nos comportements, y compris religieux. Il y a une pesanteur de la nature humaine : dans l’affrontement de notre vie psychologique et de notre vie de foi, de nos ambitions de réussites personnelles et de nos désirs de voir grandir le Royaume… pesanteur qu’il nous faut accepter avec lucidité… et légèreté (la danse, le jeu)… ce qui est une forme du dégagement joyeux.
Dans la figure de Mikal, nous apprenons que s’enfermer dans son amour-propre, garder ses distances, ne pas se dévoiler, ne pas vouloir s’abaisser, se montrer nu, vulnérable, ne pas danser en somme, c’est se condamner à la stérilité.
Le mystère de la vie, avec toute sa complexité et ses ambiguïtés est une invitation à la danse. Danser c’est participer au mystère de la fécondité divine, accueillir la bénédiction et s’en faire médiateur. Cela demande une grande liberté : “C’est devant le Seigneur que je danse !” David nous appelle à cette liberté devant Dieu quelque soit notre situation, notre fonction, nos sentiments de joie ou de peine. Dans la reconnaissance de l’amour de Dieu, il nous invite à dire oui à la vie. Et ce oui de David à la vie, sa danse, ne tourne pas les regards vers lui – sauf pour les esprits jaloux et arrogants – mais vers Dieu.
Vous avez travaillé pendant tout le chapitre et bien dansez maintenant et vous porterez du fruit !

Soeur Sophie Ramond

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