« La terre
un lieu de gloire pour Dieu »

Chapitre général - Capitulo General - General Chapter

Le Chapitre général des Religieuses de l’Assomption, juillet 2006

Le chant de Marie

Rubrique : Jour après jour, Le billet biblique — Catherine, 10:00 am

Luc 1, 46-55

Un chant de foi
Entre ce que nous appelons le récit de l’Annonciation et celui de la Visitation, il y a comme un « blanc » : l’évangéliste ne nous dit rien sur ce qui se passe pour Marie juste après le départ de l’Ange. C’est un secret qu’elle doit commencer à garder, secret certes joyeux et immense, mais aussi difficile et bouleversant. D’autant plus lourd qu’aucun signe visible n’est là pour la conforter. Le oui a été prononcé, l’Ange l’a quittée. En ces premiers jours, en ces premières semaines, que signifie donc croire, absolument, à « la réalisation de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (Lc 1, 45) ?…

« En ces jours-là », Marie se met en marche, en hâte, vers sa cousine Elisabeth, vers le seul signe tangible indiqué par l’Ange, et c’est déjà une foi de sa part que de croire à la parole de l’Ange concernant Elisabeth. C’est déjà une confiance active que de nous mettre en route vers les signes qui nous sont donnés, comme des relais sur notre route.

Notre passage se trouve donc ici comme une charnière entre la Promesse et sa réalisation :
Avant : annonce de la naissance de Jean Baptiste et annonce de la naissance de Jésus.
Après : naissance de Jean Baptiste et naissance de Jésus.
Charnière : la rencontre entre Marie et Elisabeth, dans l’exultation qu’exprime le
chant du Magnificat.

Un regard contemplatif porté sur l’Histoire
Dans ce Cantique, le regard que Marie porte sur l’histoire de son peuple est un regard d’espérance, un regard qui, comme celui d’Abraham (cf. Lectio du mardi 25 juillet, sur       Gn 13), voit la réalisation de la Promesse en cours.
N’est-ce pas le regard que Dieu porte sur l’Histoire, sur nos histoires ? Un « regard contemplatif »…
Mais comment pouvons-nous affirmer connaître le regard que Dieu porte sur nous ? C’est qu’à travers tout l’évangile, nous le rencontrerons dans le regard que Jésus posera sur chaque personne rencontrée, chaque événement :

  • Un regard profondément optimiste : Jésus sait que son Père est toujours à l’œuvre, qu’aucune situation, si terrible puisse-t-elle paraître, n’est jamais désespérée, que l’homme reste à l’image de Dieu ;
  • Un regard qui ne fait pas de catégorie, n’enferme pas : Jésus ne « classe » pas Zachée comme voleur, ou Matthieu comme publicain, ou la femme de Sychar comme Samaritaine… Jamais il n’enferme la personne dans ce qu’elle a fait, ni dans sa fonction. Il met ainsi chacun et chacune en liberté de changer, de se relever ;
  • Un regard qui voit ce qui est minuscule, voire invisible : le ferment dans la pâte, la graine dans le champ, la foi dans le cœur des disciples, l’Eglise dans le groupe des Apôtres ;
  • Un regard qui voit le mal à l’œuvre, et le démasque : il guérit les possédés, obligeant ce qui aliène les hommes à se dévoiler, à venir au grand jour ; devant lui, il faut se déterminer ; et sa parole d’autorité libère : « Sors de cet homme ! » ;
  • Un regard qui voit la vie là où il n’y a que la mort apparente, et réelle : au cours de la dernière Cène, alors qu’il sait qu’il va mourir, Jésus présente son corps aux disciples, dans le pain et le vin, comme une nourriture de vie, un pain vivant et qui donne vie. Et son geste est tourné vers le futur, alors que la mort est devant lui, comme un abîme inévitable.

Le premier contemplatif, c’est le Christ, et il nous apprend à regarder, il nous transmet son regard (ex. en Lc 21, 1ss : l’obole de la veuve).

Ce que j’appelle regard contemplatif pourrait être dit « regard prophétique » : la mission du prophète n’est-elle pas de révéler Dieu à l’œuvre dans son peuple, dans l’aujourd’hui de son existence, en chaque événement, et de faire mémoire de l’Alliance ?
Le chant de Marie est prophétique, il reconnaît le renversement des évidences, des situations en apparence inchangeables, il révèle la portée de l’Incarnation, cet événement en apparence minuscule (la naissance d’un enfant) qui advient, l’irruption du Salut dans l’histoire :

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles
Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.
Il se souvient de son amour, de la promesse !

Une expérience personnelle
Marie n’est-elle pas naïve, idéaliste, dans ce regard porté sur l’histoire et le monde ? Quand nous regardons autour de nous et parmi nous, sommes-nous capables de lire l’actualité avec une telle espérance ? Qu’est-ce qui lui donne donc cette audace de proclamer avec tant de force l’œuvre de Dieu, l’avènement du Royaume au cœur de la violence et des ambiguïtés de l’histoire ?
Ce qui lui donne cette espérance et ce regard, c’est l’expérience personnelle du Salut : c’est par là que commence son chant : « Mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur. Il s’est penché sur son humble servante ! ». Elle a fait l’expérience d’être choisie dans sa petitesse, elle a fait l’expérience du regard de Dieu posé sur elle. Et ce qui est proclamé là, au début du chant, devient la source d’une certitude englobant le monde et tous les temps : Dieu choisit les pauvres et les petits, et « Il se souvient de la Promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race, à jamais ! ».

Le chant de l’Eglise

L’Eglise a repris ce cantique de Marie, et chaque soir proclame et chante le Salut advenu. Chaque soir, elle nous invite à porter un regard contemplatif sur les événements vécus, les rencontres faites, les difficultés et souffrances traversées, pour y discerner la croissance du Royaume et ce qui lui fait obstacle, pour y reconnaître la fidélité de Dieu, à l’œuvre « à jamais ».

Sr Marie Sophie d’Oultremont 

No Comments

No comments yet.

RSS feed for comments on this post.

Sorry, the comment form is closed at this time.