« La terre
un lieu de gloire pour Dieu »

Chapitre général - Capitulo General - General Chapter

Le Chapitre général des Religieuses de l’Assomption, juillet 2006

Communication/Information/Education

Rubrique : Jour après jour, Le reportage — Catherine, 3:42 pm

NB : Cette communication a été donnée samedi dernier.

En chapitre, nous sommes toutes aux affaires du Père, la terre continue de tourner, la vie à l’extérieur aussi. Nous savons par les médias variés, que le monde continue d’aller mal, les belles choses sont plus discrètes, et nous essayons d’aiguiser notre regard intérieur pour repérer Dieu à l’oeuvre.
- Comment l’information est-elle fabriquée ?
- Comment, comme éducatrice, la recevons-nous ?
Tel est l’objet de cette communication.

1. Comment l’information est-elle fabriquée ?

    Un même événement est décliné sur différents supports médias. Tout le monde sait tout, en même temps ; un dicton dit : Sur internet, le soleil ne se couche jamais.
    Un rapide regard sur les “unes” des journaux, des télévisions, des sites internet d’informations nous permet de le comprendre. Nous avons, pendant ce chapitre, vibré aux échos du Mundial, fait corps avec l’Indonésie éprouvée par un tsunami, souffert avec les habitants de Bombay, suivi avec inquiétude l’évolution du conflit entre le Hezbollah et Israël sur la terre du Liban, etc… Et nous avons en mémoire les images de la vague du tsunami de décembre 2004, sans compter celles de l’attentat du 11 septembre 2001.

    • Il y a, au niveau mondial, trois grandes agences de presse internationales :

    L’AP (Associated Press : Etats-Unis, fondée en 1848), Reuters (Grance Bretagne, fondée en 1851) et l‘AFP (Agence France-Presse, fondée en 1835). J’évoque aussi l’Agence espagnole EFE que je ne connais pas. L’arrivée sur la scène internationale de chaîne de télévision Al Jazira en 1996, avec aussi son site web en 2001, est venue ajouter un regard tout autre, même s’il ne s’agit pas d’une agence de presse.
    Ces agences fonctionnent sur un système économique très simple : elles envoient des journalistes “envoyés spéciaux” sur des événements qui nécessitent une couverture, elles ont des “correspondants locaux”. Ces informations remontent à l’état brut à l’agence, avec un “papier”et souvent quelques photos. Puis elles sont mises en forme, en perspective et distribués aux médias qui sont abonnés à leurs services. Ce sont chaque jour des milliers de dépêches qui “tombent” dans les rédactions de télévision, radios, journaux. Aujourd’hui, le nombres des correspondants locaux se réduit, pour des raisons économiques. Ce sont donc des envoyés spéciaux qui se déplacent, et qui n’ont pas toujours les éléments du contexte dans lequel se déroule l’événement. C’est souvent un problème. On l’a vérifié en France, par exemple, il y a quelques années avec l’affaire du voile islamique chez des lycéennes.
    Un exercice communautaire très simple consiste un jour donné à acheter plusieurs journaux de différentes tendances, d’écouter la radio sur plusieurs chaînes, de regarder plusieurs journaux télévisés : c’est pratiquement la même information qui est diffusée, mais déclinée de manière différente.

    • Pour les rédactions, il faut donc faire le tri. Quels sont les critères de ces choix ?

    Selon les rédactions ils différent, mais globalement, c’est en fonction du public auquel elles s’adressent. Si j’édite un journal dédié au football, je ne vais pas parler de la culture des petits pois ! Si je suis socialiste, j’achète en France Libération, et pas le Figaro…

    Le rôle du journaliste
    Un journaliste écrit en fonction de son public. Il n’est jamais seul, il travaille au coeur d’une rédaction qui a des impératifs économiques. Son travail, pédagogique, est de mettre en perspective les évènements. Par conséquence l’information est simplifiée. Je veux dire que le processus de pédagogie simplifie la complexité des événements, au risque de devenir simpliste.
    Le fait d’être intégré à une rédaction est une garantie. En quelque sorte, on est “intelligent à plusieurs”. Dans un comité de rédaction, les journalistes sont invités à promouvoir leurs sujets, à les argumenter, à les défendre, à apporter la preuve que leurs informations sont justes, vérifiées et vérifiables.

    Un journal doit être lu, une radio écoutée, une télévision regardée, un site internet visité.
    Aujourd’hui, ce qui permet à un média de fonctionner, c’est une alchimie entre les lecteurs-auditeurs-téléspectateurs-internautes, les abonnements, les aides publics de l’état, les actionnaires et… les ressources publicitaires.
    Aujourd’hui, l’information est une affaire économique. S’il fallait retenir une chose de cette intervention, elle est simple : l’information est aujourd’hui un marché, un “business”. Prenons un exemple avec la diffusion du Mundial 2006 :

    Depuis le début de la compétition outre- Rhin, TF1 a engrangé plus de 70 millions d’euros net de recettes publicitaires. La grille tarifaire atteint des sommets lors des mi-temps. Un spot de 30 secondes placé en début d’écran, lors du match contre la Corée du Sud, se négociait 149 500 euros brut. Mais ces prix grimpent à 172 500 euros pour le huitième de finale France - Espagne”. (1)

    Là encore, comprenons bien que la télévision ce n’est que des programmes placés entre des plages de publicité. Je n’ai pas inversé mes propos ! La télévision, ce sont des publicités placées à des moments stratégiques dans la grille horaire quotidiennes et des programmes. Réaliste, le PDG de TF1, donc la plus grosse télévision privée française, disait :

    “Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit”. Avant de poursuivre son explication : “Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible”. Mais, poursuit-il, “Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise”. “La télévision, c’est une activité sans mémoire. Si l’on compare cette industrie à celle de l’automobile, par exemple, pour un constructeur d’autos, le processus de création est bien plus lent; et si son véhicule est un succès il aura au moins le loisir de le savourer. Nous, nous n’en aurons même pas le temps!(2)

    N’oublions pas que la télévision est un média de masse…

    • L’arrivée de l’internet, plus exactement de la numérisation, change complètement les manières de travailler, de penser, d’industrialiser les processus de production.

    1994 : arrivée de l’internet – modeste – chez le grand public
    1998 : arrivée de Google,
    2006 : le podcasting !
    De grands enjeux derrière tout cela, qui sont avant tout… économiques. Il y a eu beaucoup de “morts” dans l’explosion industrielle du numérique, des rachats d’entreprises, des personnes licenciées… et il y en aura encore…

    Google
    s’est lancé, avec son moteur de recherche, venant détrôner Yahoo. Google a mis en place un outil affinant la surveillance de la navigation des internautes, répondant petit à petit à l’attente de ceux-ci. D’abord, il a su utiliser le bouche à oreille (pas de budget publicitaire !), une ergonomie rapide et un temps de réponse quasi instantané, des portails linguistiques, et des systèmes économiques astucieux. Google est devenu incontournable.
    La numérisation,
    c’est la transformation de toute information sur un support numérique : la musique, les images, les vidéos. Du coup, tous les médias s’y sont mis, basculant sur la toile soit l’intégralité de leurs publications traditionnelles, soit en complément de celles-ci, soit en abandonnant leurs supports traditionnels. Ils se sont adaptés aux comportements des publics. Car la numérisation a généré de nouveaux comportements.
    En effet, la “communauté des internautes” se débrouillent pour mettre à disposition des uns et des autres, sur la toile, ses trésors. L’ordinateur personnel tourne 24h sur 24, et via un logiciel, via l’internet, je peux télécharger gratuitement la chanson de tel chanteur que je cherchais depuis toujours et dont je n’avais plus le disque vynil. Mais cela peut être aussi un film. Les majors de musique, de cinéma, s’inquiètent, à juste titre d’ailleurs : les ventes de CD s’effondrent. Les états cherchent les parades juridiques, les internautes continuent de détourner les difficultés !

    Steve Jobs
    – le fondateur d’Apple, du macintosh - exploite le filon. D’abord, il propose en ligne un logiciel très agréable, sympathique, ludique , iTunes, qui permet d’écouter la radio en ligne, et d’acheter des musiques à petits prix.
    Puis il fabrique l’Ipod. Sony avait inventé le walkman, et Apple invente l’Ipod : un mini disque dur, petit, léger, élégant. Itunes permet aujourd’hui de synchroniser via l’internet les émissions radio que l’on ne peut pas écouter en direct.
    Je fabrique donc ma radio en fonction de mes centres d’intérêt, je n’écoute plus que ce que j’ai envie d’écouter, peu m’importe si c’est en différé. Vous pouvez imaginer les conséquences.
    Car ce que je décris là pour la musique ou les émission radios est aussi valable pour l’information. Aujourd’hui, je peux choisir mon information en fonction de mes centres d’intérêt, et vivre dans “ma bulle”. Les industriels scrutent le moins clic de ma souris. Là aussi, le tiroir caisse est la clé de toutes ces évolutions qui, en soi, sont bonnes.

    2. Alors, comme éducatrices, comment rebondir ?

    • Comprendre la logique et les mécanismes de chaque média : télévision, radios, presse, web et former au regard critique :
    • Croiser son information : regarder seulement la télévision ne suffit pas. Lire les dépêches d’internet non plus. Un équilibre entre presse écrite et radiophonique est souhaitable. L’information radio est immédiate, la presse écrite permet de prendre recul, fournissant des outils d’analyse.
      Pouvoir, en communauté, échanger sur ce qui a été vu, entendu et lu quant à l’information est vraiment une richesse pour les unes comme pour les autres : la communauté est aussi lieu de formation. Sans compter aussi les richesses des corps enseignants dans les établissements scolaires où nous travaillons.
    • Renforcer son identité culturelle. Je n’ai pas développé cet aspect qui est aussi important. En écoutant les rapports des provinces, j’étais, sans doute comme vous toutes, frappée par les similitudes des maux et souffrances des jeunes. L’information circule à la vitesse de l’internet mais aussi les us et coutumes des jeunes entre eux ! Entre l’internet, le téléphone mobile, l’Ipod… les échanges qu’ils ont entre eux sont de tous ordres, y compris pour dire « T’es où? », alors qu’ils viennent de quitter le lycée ou la fac.
    • N’oublions pas qu’il y a deux manières de parler de l’information. Comment vais-je parler du petit chien de Madame Tartantpion qui est mort écrasé ? Je vais raconter l’évènement ? Ou bien prendre les choses du côté de la solitude de Madame Tartanpion ? Commère ou compatissante ?
      Comment vais-je parler de la guerre au Moyen-Orient ? Ou bien de l’attentat à Bombay ? : essayer de comprendre le mécanisme ? En parler avec d’autres qui vont m’éclairer ? Me laisser engloutir par les images effrayantes de la violence humaine ?
    • Car ces images qui me sont données à voir, ces commentaire qui me sont donnés à écouter, sont le reflet de la terre et de ses habitants, cette terre que Dieu aime, lieu de gloire, qui est notre terreau d’éducation. La création, comme le dit Paul, “gémit et souffre en travail d’enfantement“.
      Dans l’office, nos prière de louange et d’intercession devraient être le lieu où ces réalités sont présentées à la prière de l’assemblée, et retournées à Dieu, qui est “à l’oeuvre en ce monde“.

    En conclusion

    Une information bien “digérée” doit rejaillir dans notre prière, tant personnelle que communautaire. Elle fait aussi son chemin, un peu comme la Parole de Dieu le fait en nos coeurs, car nous essayons de poser sur le monde un regard contemplatif. Et l’action éducative qui peut en ressortir portera du fruit auprès des jeunes parce que nous mettrons en oeuvre les outils pédagogiques qui conviendront.
    J’insiste : “Au cœur de ce monde, le souffle de l’Esprit fait retentir le cri de la Bonne Nouvelle! Au cœur de ce monde le souffle de l’Esprit met à l’œuvre aujourd’hui des énergies nouvelles !
    A nous d’aiguiser notre regard pour voir Dieu en toute chose, et mettre en oeuvre les énergies nouvelles.
    Voici un lieu d’exercice : www.ndweb.org et vous choisissez la rubrique www.ndweb.org/site/index.html

    Catherine Sesboüé, ra

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