« La terre
un lieu de gloire pour Dieu »

Chapitre général - Capitulo General - General Chapter

Le Chapitre général des Religieuses de l’Assomption, juillet 2006

Lectio Divina : la patience

Rubrique : Jour après jour, Le billet biblique — Sophie, 10:00 am

La patience.
Texte biblique : Mc 4, 26-29.

Jésus introduit un parallèle, une comparaison. A quoi est comparable le règne ?
La comparaison est celle d’un processus végétal donné à travers toutes ses phases : la semence germe, sort du sol, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, puis l’épi dans le blé. Quand le stade de la maturation est rejoint, subitement c’est le temps de la moisson. La parabole est construite autour de ce qui arrive à la semence, sans que soit envisagés les périls qui peuvent menacer le développement de la plante. Le narrateur ne s’intéresse qu’à sa croissance. Quoique fasse le semeur –qu’il dorme ou se lève- la semence grandit. Il y a une certaine indépendance de la semence par rapport au semeur et au moissonneur.

  • En décrivant les étapes du développement de la semence entre le moment où elle est jetée en terre et le moment où elle devient un fruit mûr, le narrateur attire l’attention du lecteur sur l’évolution, la graine devenant peu à peu un épi plein de blé. Ce lent changement lui fait découvrir une facette du Royaume : celui-ci n’arrive pas tout d’un coup, d’une manière spectaculaire, il se développe progressivement et sûrement.
  • Le comportement du paysan est décrit brièvement, au début : il sème et à la fin : il moissonne. La phase intermédiaire est une phase d’inactivité, chargée d’attente et de tension vers la moisson. La parabole indique que quelque chose dans le Royaume échappe à la mainmise ou au contrôle des hommes. L’homme a joué son rôle pendant les semailles, mais il n’a pas la maîtrise de la croissance. Il va continuer à vivre pendant que la terre produit. Il interviendra de nouveau quand le fruit le lui permettra, c’est-à-dire quand les temps seront là.
  • Dès le début, il y a allusion à un renouvellement : après la nuit, le jour, après le jour, à nouveau la nuit, etc., jusqu’au temps de la récolte. Le temps ainsi évoqué est celui qui coule inexorablement, d’une façon égale pour tous les êtres vivants, plantes ou hommes. Ce temps qui passe pour le semeur passe aussi pour la semence. C’est sans doute encore le signe qu’il est inutile de faire des calculs et de vouloir hâter la production de l’épi. Le temps du Royaume est celui de la lente maturation de la semence. Aucune récolte n’est possible avant la moisson. L’attente nécessaire pendant la croissance ne remet pas en question l’espérance de la moisson.
  • Après toutes les précisions sur le temps de la croissance et l’inactivité du paysan, tout à coup vient le temps de la moisson. “Aussitôt” : c’est un adverbe qui revient souvent dans l’évangile de Marc et qui donne au récit un rythme d’urgence. Tout d’un coup, quelque chose est signe de nouveauté : le temps de la moisson est arrivé. Au coeur même de la routine, le Royaume est proche et la fin peut rejoindre de manière subite le présent. Une chose est certaine : après le temps de la lente maturation arrive le moment où l’agriculteur peut récolter le fruit produit en abondance : “du blé plein l’épi”. C’est sur cette bonne nouvelle que se termine la parabole : le Royaume n’est pas le lieu où les hommes vont être fauchés comme les blés, ou punis pour leurs mauvaises actions, mais celui de la plénitude de la vie. Le Royaume cependant est comparé à l’ensemble des semailles, de la croissance, et de la récolte. Il est semblable à tout le développement dynamique qui a porté des fruits. Il est déjà dans les semailles et dans les jours et les nuits qui passent : dans le quotidien d’une vie, le Royaume est présent.
  • L’inactivité du paysan n’est pas sans motifs : il ne peut pas agir. Si on applique cela à Dieu, cela veut dire que par certains aspects, Dieu a les mains liées ; Lui aussi attend sa propre heure, par rapport à la croissance de la semence. La moisson est l’image de la venue du Seigneur, du jugement eschatologique (cf. Joël 4, 12-14). Le temps présent est celui de l’attente de Dieu, laquelle est motivée par la croissance. Le Dieu qui se manifeste en Jésus n’est pas pressé ; Il ne vient pas avec précipitation et colère. On peut penser au chant du serviteur d’Isaïe, qui n’éteint pas la mèche qui faiblit (Is 42, 19). Il vient avec une grande réserve de patience. Il respecte les lois de la croissance.

Qu’est-ce que cela peut bien nous dire à nous ? Je crois que c’est aussi pour nous une invitation à la patience. La patience est à la fois confiance en Dieu et persévérance dans l’action. C’est l’espérance au quotidien : c’est elle qui nous fait oeuvrer jour après jour pour le Royaume, sans nous décourager, sans nous lasser, sans nous arrêter, quand bien même nous ne verrions pas les fruits attendus. Nous avons à semer, mais la croissance ne nous appartient pas : il nous faut attendre avec patience que la plante arrive à maturation. Une belle parabole pour le travail d’éducation….

Soeur Sophie Ramond

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