« La terre
un lieu de gloire pour Dieu »

Chapitre général - Capitulo General - General Chapter

Le Chapitre général des Religieuses de l’Assomption, juillet 2006

Au nom de l’Evangile

Rubrique : Les documents officiels — Catherine, 11:28 am

Intervention d’Olivier Le Gendre

Je vais commencer par le récit de trois expériences.

Ils dînaient ensemble pour la dernière fois. Le soir même Jésus allait partir vers la mort. Il se leva alors, prit un linge pour le nouer à sa taille, remplit un bassin d’eau et s’approcha de chacun pour lui laver les pieds. Il arriva près de Pierre, celui qu’il instituera gouvernant de son Église, celui qui parlait fort et souvent trop vite.
La protestation de Pierre jaillit. Pour lui, le monde est organisé selon un ordre précis :

les tâches subalternes sont réservées aux serviteurs et le Maître, comme il l’appelait, n’a pas à s’occuper des basses besognes. Quand on possède tant de pouvoir, celui de guérir la souffrance, celui des paroles de vie éternelle, celui de changer l’eau en vin, celui de faire grouiller les poissons dans les flots qu’ils ont désertés, celui de nourrir cinq mille affamés de cinq pains, celui de remettre les péchés, celui de réveiller l’ami mort… Quand on possède tous ces pouvoirs, quand on est la puissance de Dieu incarnée, ce n’est pas à genoux que l’on se présente, affirmait avec force ce pêcheur de Galilée. Il dit : « non, jamais tu ne me laveras les pieds ! »
Pierre se laissa finalement convaincre. Ayant lavé les pieds de ses disciples, Jésus se remit ensuite à table, et demanda : « comprenez-vous ce que je vous ai fait ? ».

Comprenez-vous ce que je vous ai fait ?
Une question qui reviendra plus tard entre nous, ici, dans cette matinée.

Il expliqua alors son geste : « Vous m’appelez le Maître et le Seigneur et vous dites bien, car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi ».
L’instruction aurait pu s’arrêter là et les apôtres en garder fidèlement l’enseignement, comme une leçon précieuse pour guider leur comportement, une loi sur le gouvernement des hommes : les maîtres sont au service de ceux qu’ils dirigent.
Mais Jésus ajouta : « sachant cela, vous serez heureux si du moins vous le mettez en pratique. »
Vous serez heureux, vous ne ferez pas seulement bien, mais en plus vous serez heureux.
L’instruction, par cette seule phrase, prit une nouvelle dimension : il ne s’agissait plus seulement de se conformer à une règle mais de découvrir le bonheur.
Deux commentaires.

  • Le premier. Pierre s’insurge parce qu’il ne comprend pas. Pierre que nous pouvons prendre comme symbole de l’Eglise dont il va devenir le chef. Et en effet, l’Eglise, je ne dis pas l’Eglise hiérarchique, mais l’Eglise que nous sommes tous ensemble, l’Eglise ne comprend pas très bien ce geste. Nous portons des vérités, nous croyons à la vérité, nous voulons la faire partager : un Dieu unique, incarné, mort, ressuscité, un Dieu tout puissant. Mais nous avons du mal à comprendre que toutes ces vérités sont magnifiquement exprimées dans le geste du lavement des pieds. Nous avons de mal à comprendre que nous sommes chrétiens en récitant notre credo, mais que nous ne le sommes jamais autant que quand nous sommes à genoux pour laver les pieds.
  • Le second. Le lavement des pieds est totalement lié à l’institution de l’eucharistie, la croix et la résurrection. Regardez quand il se situe. Déjà dans une atmosphère, d’adieux, de disparition, de mort. Or, c’est à ce moment-là que Jésus se met à genoux pour laver les pieds. Cela signifie que même dans les moments de mort, d’affaiblissement, de doute, nous sommes appelées à célébrer, c’est l’eucharistie, et à servir, c’est le lavement des pieds. Parce que la résurrection en est la suite. Il me semble utile de se le rappeler quand nous fermons des maisons, quand nos restructurons, quand nous vieillissons, quand nous constatons que notre Eglise, elle-même, dans son ensemble et dans certains endroits, est affaiblie : à ces moments-là, il est encore plus urgent, plus christique, de se mettre à genoux.

Très longtemps après cette scène, deux mille ans après, très loin, à plus de dix mille kilomètres.
Je me trouvais dans cet endroit bien loin de Paris pour rencontrer un haut dignitaire de l’Église qui avait pris sa retraite dans une maison qui accueillait des malades du sida en phase terminale et des enfants et des jeunes que la trithérapie parvenait à maintenir en vie.
Nous avions entamé un dialogue suivi depuis plusieurs mois. Ces longues séances de conversation étaient entrecoupées de moments que nous passions avec les enfants ou avec les adultes mourants.
Ce haut responsable me racontait qu’il connaissait l’un d’eux, nommé Poo, depuis longtemps. Son arrivée avait coïncidé avec la sienne, cinq ans auparavant.
Poo avait été rejeté par sa famille, il ne voulait pas aller à l’hôpital. Une assistance sociale l’avait amené dans un état effroyable. Le virus avait déjà fait son œuvre. Comme il semblait bien réagir à la thérapie et qu’il semblait capable de s’astreindre à la prise régulière des médicaments, tout le monde avait espéré que son état allait au moins se stabiliser.
Et, en effet, allant mieux, il partit un matin, sans prévenir quiconque. Aucune nouvelle ne parvint pendant plusieurs mois. Puis il était revenu trois semaines auparavant : son état avait bien sûr empiré, son système immunitaire était à bout. Il était revenu pour mourir là. Un nouveau traitement avait été tenté mais sans grand espoir.
Nous passions du temps avec Poo dans cette salle réservée aux adultes alités. Notre manque de familiarité avec la langue ne permettait pas d’échanger beaucoup avec lui. Lui-même d’ailleurs ne semblait pas vouloir parler. Nous lui proposions un peu d’eau, une serviette.
Mon interlocuteur me dit un jour : « Je suis là, silencieux, de longues heures à son chevet, et je vous ai amené non pas pour que vous le voyiez mais pour que lui vous voit, pour qu’il sente qu’il a de l’importance. Vous vous rendez compte ! Deux étrangers qui restent avec lui une grande partie de l’après-midi, sans rien faire, uniquement pour qu’il ne soit pas seul ! Cela ne prouve-t-il pas qu’il est redevenu une personne, lui qui, sans doute, ne s’est jamais jugé important et que la maladie a réduit à l’état de squelette silencieux ».
Un après-midi, comme nous sortions de la salle où Poo s’affaiblissait de plus en plus, mon interlocuteur me demanda : « Comprenez-vous ce que je fais ici ? »
La question me frappa de plein fouet. Exactement la même question que celle du Christ à ses apôtres au moment du lavement des pieds.
Je ne savais s’il avait fait exprès de choisir cette phrase, ou s’il était simplement imprégné par l’Évangile au point de parler naturellement avec ses propres mots.
Employant moi aussi des paroles semblables à celles qui avaient suivi la question du Christ à ses disciples, je lui répondis : « Je cois avoir compris ce que vous avez fait depuis que vous avez quitté vos fonctions officielles. Vous lavez les pieds de ces enfants malades, de ces jeunes prostituées par misère, des ces adolescents handicapés, de Poo qui s’en va. Et vous en êtes heureux ».
Il me dit alors : « Quand je suis au chevet de Poo, je crois, de manière insensée peut-être mais avec une totale certitude, que je suis la main de Dieu et le regard de Dieu sur Poo, cet homme qui souffre, qui ne sera jamais baptisé, qui ne fera jamais partie des statistiques de l’Église, qui mourra demain sans doute. Je lui apporte la tendresse de Dieu. Je suis, pour lui, l’expression de la tendresse qui habite Dieu pour chacun de ses enfants ».

Dans le même coin du monde quelques mois auparavant, un tremblement de terre sous-marin déclencha des vagues gigantesques qui apportèrent la mort et la dévastation à des milliers de kilomètres. Le tsunami donnait la preuve de l’affirmation d’un météorologue des années soixante. Il affirmait que le battement d’aile d’un papillon en Australie peut provoquer un ouragan aux États-Unis. Cette affirmation réservée à l’origine à sa seule spécialité, la météorologie, n’a cessé de prendre un relief saisissant au cours des années. C’est ce que l’on a appelé l’effet papillon.
Le tsunami tua des Européens en vacances, des pêcheurs indiens et sri-lankais qui avaient du mal à survivre, des immigrés clandestins birmans qui cherchaient un peu de travail au-delà de leurs frontières, des indonésiens tout proches du séisme.
Déjà, un événement dramatique et symbolique avait rendu cet effet papillon emblématique, quelques années auparavant en septembre 2001. Le conflit israélo-palestinien servait de prétexte à un Saoudien, d’origine soudanaise, vivant en Afghanistan pour mobiliser un réseau international, composé largement d’Egyptiens, en vue d’un attentat sur le sol nord-américain qui aboutit à ce que des Américains, des Indiens, des Espagnols, des Anglais, des Mexicains et d’autres encore soient tués dans un gratte-ciel de Manhattan, sous l’effet du choc d’un avion de ligne fracassé sur ces immeubles géants.
Terrible illustration du phénomène de la mondialisation quand on y songe. Un avion, symbole d’un monde où l’espace se réduit, machine qui permet le voyage, la communication entre les pays, devient un outil de destruction d’une effrayante efficacité. Mouvement qui se poursuivit très vite puisque le chef de première puissance mondiale prit prétexte de ces attentats pour aller envahir un pays tyrannisé mais riche en pétrole. L’occupation entraîna le déclenchement de l’actuelle guerre sanglante entre chiites et sunnites.
A ce monde et à ses dirigeants, nous aurions pu poser la question : comprenez-vous ce que vous faites ?

Trois événements qui, apparemment, n’ont que peu de rapport entre eux d’abord et avec nous ici. Et, pourtant, plus je porte dans mon esprit et dans ma prière notre projet Assomption Ensemble, plus je me dis que le rapport est évident.
Paraphrasons la phrase du Christ au moment où il lavait les pieds de ses apôtres et posons-nous une simple question : « Comprenons-nous ce que nous faisons ? » Sous-entendu quand nous travaillons à construire cet Assomption Ensemble.
Comprenons-nous ce que nous faisons ?
Si notre projet Assomption Ensemble a semblé prendre corps si vite, c’est qu’il s’appuyait sur une réalité qui existait déjà dans de nombreux lieux au sein de la congrégation. Nous aurions tort de penser que nous sommes les auteurs de cette réalité depuis le chapitre 2000, sous prétexte que nous lui avons donné une forme visible et un peu organisée, sous prétexte que nous avons donné des noms à cette réalité.
Et justement, c’est ce que nous avons fait : nous avons nommé une réalité, un désir, des expériences, nous avons offert un chemin de vie et une croix à ceux qui le désiraient, nous avons constitué des communautés et des fraternités, mais il en existait déjà, nous avons beaucoup partagé, nous nous sommes rencontrés entre sœurs et laïcs, nous avons réfléchi ensemble, prié, agi.
Bref, nous avons mis sur pied un ensemble qui vit, qui s’étend, qui nous réjouit.
Mais, fondamentalement, comprenons-nous ce que nous faisons ?
Je voudrais partager avec vous la compréhension que j’en ai.

Le terme solidarité en français est ambigu. Il désigne deux réalités, proches, mais cependant distinctes.
Le premier sens est celui de la solidarité passive, de la solidarité imposée. C’est celle de l’effet papillon : un événement sur lequel vous n’avez pas de prise vous atteint à des milliers de kilomètres. Le pompier de la ville de New-York n’avait pas grand-chose à voir avec Ben Laden : il est mort sous les décombres de la seconde Tour en portant secours aux victimes de le première Tour, et a laissé deux jeunes enfants orphelins.
Quand une chaîne d’habillement européenne cesse d’acheter des vêtements à un pays d’Asie du Sud-Est, des hommes et des femmes se trouvent au chômage, mendient, les enfants sont livrés à eux-mêmes dans les rues, se prostituent.
Le second sens est celui de la solidarité active, la solidarité voulue. C’est celui du lavement des pieds, celui de ce haut dignitaire qui passe du temps, apparemment inutile, auprès de Poo qui va mourir. C’est celui de plusieurs projets de solidarité menés au sein de la congrégation.

  • Regardons la solidarité passive. La solidarité passive, imposée, désigne un phénomène clair : plus personne n’est une île. Nos pays, nos cultures, nos religions qui, jadis, étaient des îlots où régnait un certain équilibre, pouvaient se croire à l’abri des soubresauts qui agitaient les autres contrées moins favorisées par les conditions climatiques ou l’Histoire. Aujourd’hui, une décision ou une absence de décision à un endroit déclenche une série d’effets qui se moquent des distances, des croyances, des couleurs, des langues et des niveaux économiques. Le monde se trouve ainsi devant une situation incontournable : il est devenu solidaire sans pouvoir s’y soustraire. Cette solidarité devra être dirigée vers le meilleur si on ne veut pas que le pire s’installe en maître.
    Or, nous constatons que le monde a du mal à orienter cette mondialisation dans un sens qui soit un progrès pour l’homme.
  • Regardons maintenant la solidarité active. Qu’est-elle pour nous, chrétiens ? Tout simplement la volonté d’incarner Dieu dans le monde. Je veux dire rendre perceptible, où nous sommes, et loin de là où nous sommes, la tendresse que Dieu réserve à chacun de ses enfants. La priorité chrétienne, aujourd’hui plus que jamais, est de porter témoignage de la tendresse de Dieu, de la rendre palpable, comme le Christ du lavement des pieds, comme ce dignitaire de l’Eglise au chevet de Poo.
    La solidarité active est la seule qui permet d’humaniser la solidarité passive, la solidarité imposée, cette solidarité imposée qui, nous en avons des exemples continuels, fabrique de la déshumanisation : pauvreté, guerres, haines, égoïsmes.

Car bizarrement, la mondialisation, qui est une globalisation, attise les conflits entre les particularités : elle dresse les cités les unes contre les autres, les confessions les unes contre les autres, les pays les uns contre les autres, les classes sociales les unes contre les autres. On pourrait même dire que plus il y a de mondialisation, plus il y a de conflits entre des particularismes.
Il est étrange de constater que cette mondialisation est exactement contraire au sentiment d’appartenance universelle. Car la mondialisation est avant tout un phénomène marchand qui cherche à s’imposer de plus en plus largement, au détriment des cultures locales déstabilisées et agressées.
La question qui se pose est donc simple : y a-t-il une alternative à la mondialisation marchande, ou un contrepoids pour éviter qu’elle soit le succès des riches et le désespoir des pauvres ?
Il me semble que seule la solidarité active est capable d’humaniser la mondialisation qui est le siège des particularismes antagonistes, que seule elle est capable de donner un parfum d’universalité qui rende les personnes solidaires d’un même destin.
Pourquoi François d’Assise, Mère Teresa de Calcutta, Jean Vanier de l’Arche, Frère Roger de Taizé et tant d’autres encore, peut-être moins connus, sont-ils unanimement admirés ? Quelles sont les raisons de cette unanimité ?
Il y a un lien étroit entre cette unanimité et l’universalité.
Ces hommes et ces femmes sont universels parce qu’ils vivent à un niveau où il n’y a plus de différence entre les hommes, à un niveau de profondeur où les particularismes se gomment.
Regardons chacune de ces personnes que je viens d’évoquer et dont je dis qu’elles sont universelles. Chacune est une individualité particulière, dans une époque, un style, une histoire, avec des défauts, des excès, des faiblesses qui sont les leurs mais ne les empêchent pas d’être reçues par tous les hommes et toutes les femmes du monde comme des maîtres en humanité, et donc comme des expressions de l’universel.
Regardez-les même de plus près ! François et sa pauvreté, ses fleurs et ses animaux. Mère Teresa et ses mourants. Jean Vanier et les personnes avec handicap. Frère Roger et les jeunes. Pourquoi ces hommes et ces femmes sont-ils acceptés universellement ? Simplement parce qu’ils apportent la tendresse de Dieu, chacun et chacune, à l’endroit où ils se trouvent, et qu’ils le font pour les plus faibles, les plus démunis, les oubliés ou les méprisés. Simplement parce qu’ils vivent au plus près de l’Évangile… Ils se sont faits, comme ce dignitaire de l’Eglise au chevent de Poo en train de mourir du sida, la manifestation de la tendresse de Dieu. Ils sont porteurs de la tendresse de Dieu. Ils la rayonnent.
En étant ce qu’ils sont, en faisant ce qu’ils font, ils apportent de l’humanité, et ils sont reçus par un monde qui aspire à cette profondeur d’être qui laisse passer Dieu dans la transparence d’hommes et de femmes qui se donnent.

Il est temps de reprendre tout cela pour lui donner un sens pour ici et maintenant. Tous ces chemins qui vous ont peut-être paru des détours ouvrent une voie qui me semble droite.
Premier point : nous construisons Assomption Ensemble à un moment déterminé.
Ce n’est pas un hasard si c’est au début de ce vingt-et-unième siècle, dans un monde qui se trouve mondialisé, violent, aux conflits exacerbés.
Ce n’est pas un hasard si c’est à un moment où notre Église souffre dans de nombreux endroits du monde, souffre de persécutions, souffre de mépris, souffre d’indifférence, souffre d’abandons, souffre aussi de ses insuffisances.
En acceptant de faire Assomption Ensemble, qu’avons-nous fait ? Tout simplement entrer dans un chemin de solidarité entre nous, sœurs et laïcs, malgré notre diversité d’état de vie, de rythme, de formation, de préoccupation. Nous avons décidé que cette solidarité nous aidait à progresser ensemble.
C’est donc poser un acte d’une singulière importance : nous disons que notre chemin est dans la solidarité, solidarité entre sœurs et laïcs.
Deuxième point : nous sommes une congrégation internationale. Nous sommes installés dans la mondialisation et nous acceptons totalement le principe de la réalité de notre époque qui est la solidarité de fait, la solidarité passive. Mais, en même temps, nous voulons la transformer en solidarité active. Nous savons bien que nous sommes différents, que nous ne parlons pas de la même manière, que nos histoires respectives portent des blessures, que nous avons du mal parfois à nous comprendre.
Malgré ces difficultés, nous faisons le choix d’une solidarité internationale, nous essayons de la vivre dans le respect et la collaboration.
Troisième point : nous avons organisé la réalité d’Assomption Ensemble. Nous avons des textes, nous avons des rencontres, nous avons des engagements, nous avons une structure. Qu’allons-nous en faire ?
Nous en féliciter ? Bien sûr : il est légitime de célébrer le chemin parcouru et de rendre grâces.
Approfondir ? Bien sûr : nous sommes au début seulement, et nous n’avons pas fini de nous nourrir de cette réalité d’être Assomption Ensemble.
Ce serait déjà bien et, sans doute, satisfaisant, pour chacun de nous et pour la congrégation.
Mais cela ne suffit pas. J’ai le sentiment qu’après ce premier travail accompli depuis 2000, nous avons besoin de nous ouvrir consciemment à une dimension qui donnera un surplus de sens à ce que nous avons entrepris.
Quand ce haut dignitaire de l’Église passe du temps auprès de Poo, il nous montre un chemin qui reprend exactement l’acte du Christ le jeudi précédant sa crucifixion.
Ce monde mondialisé, ce monde à nos portes, est un monde blessé, malmené, injuste, souffrant. Il risque de le devenir toujours plus si des hommes et des femmes ne se lèvent pas là où ils sont pour tenter de lui apporter un peu d’humanité, un peu de respect, un peu de soin, un peu d’attention.
Pour nous chrétiens, cette humanité à apporter, ce respect, ce soin, cette attention, reviennent à vouloir témoigner la tendresse que Dieu ressent pour ses enfants de la terre. Pour nous, solidarité signifie de continuer à incarner dans notre monde le geste de Jésus quand il lave les pieds.
Nous sommes, j’en suis convaincu, appelés, chacun selon nos moyens, à rendre sensible la tendresse de Dieu pour les hommes dans un monde qui s’évertue à les broyer, à les blesser, et d’abord les plus petits d’entre eux, les plus faibles : les enfants, les malades, les personnes avec handicap, les personnes âgées, les pauvres sans instruction, les femmes de certains pays, et bien d’autres encore que chacun de nous connaît dans la réalité où il vit.
Etre ensemble, me semble-t-il, c’est être ensemble avec le monde des petits et des blessés. Ce n’est pas seulement être ensemble entre nous, c’est être ensemble pour le monde des petits et des blessés.
Quels que soient les termes que nous employons (solidarité, service, projet, charité, engagement…), une réalité demeure, déjà inscrite par l’apôtre Paul depuis deux mille ans au cœur de la conscience chrétienne : « maintenant demeurent foi, espérance, charité, mais la plus grande d’entre elles est la charité ».
Cette charité ne consiste pas tant à faire l’aumône mais à porter le don de la tendresse de Dieu aux hommes.
Et c’est encore Paul qui affirme : « quand bien même nous parlerions les langues des hommes et des anges, si nous n’avons pas la charité, nous ne serions plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit ».
Nous nourrirons cette solidarité, cette charité, ce désir de porter l’amour de Dieu aux hommes, dans la prière et dans la foi.
Nous nourrirons cette solidarité, cette charité, ce désir de porter l’amour de Dieu aux hommes dans nos vies ensemble, dans nos fraternités et communautés, dans cet Assomption Ensemble que nous construisons.
Je ne peux m’empêcher de croire que nous sommes appelés, à travers la prière et dans cette vie ensemble, à témoigner de la tendresse de Dieu au monde, proche et lointain, à ceux qui nous entourent, et à ceux qui sont à distance.
Je crois qu’être Assomption Ensemble, c’est à travers ce mot ensemble nous accepter solidaires, solidaires entre nous, solidaires avec le monde. Je crois que notre raison d’être ensemble est de porter cette solidarité là où nous le pouvons.
Il me semble que le monde attend Assomption Ensemble à cet endroit, que l’Eglise, aussi, nous attend là, dans cet endroit précis.
Pour reprendre les termes de l’Evangile, nous sommes appelées à nous lever plus souvent encore de la table du repas, ensemble
à prendre un linge pour le nouer à notre taille, ensemble
à remplir un bassin d’eau ensemble,
à nous approcher de chacun pour lui laver les pieds, ensemble.

Et, comprenant cela, sachant cela, le mettant en pratique, nous savons bien que, selon la promesse du Christ, nous serons heureux.
Assomption Ensemble, un lieu de gloire et de bonheur ?

Olivier Le Gendre
11 juillet 2006

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